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La lutte contre lexercice illégal : une priorité Position du commissaire aux comptes
Extraits du No 16 de lExpert comptable francilien (septembre 1996) Une partie de lopinion mal informée et non concernée a tendance à considérer que lactivité des " illégaux " ne lèse personne (à lexception, peut-être, des experts-comptables). a réalité est tout autre : les réclamations qui parviennent au Conseil régional démontrent que la clientèle lésée prend conscience tardivement mais amèrement des conséquences de sa crédulité à légard de ces " hors la loi " de la comptabilité. Ne faut-il voir en cette action que la traduction dun corporatisme exacerbé ? Certains seraient peut-être tentés de répondre par laffirmative. Et pourtant. Que penserait-on dune infirmière qui, à défaut de trouver un travail correspondant à ses aspirations, sinstallerait en toute illégalité comme médecin libéral ? Chacun affirmerait sans hésiter quelle fait courir un risque important à tous ses patients. Sans pousser la comparaison au delà du raisonnable, la menace qui pèse sur les entreprises clientes des illégaux est comparable à celle quencouraient les patients de cette apprentie médecin. L'action du Conseil régional de lOrdre en matière de lutte contre les illégaux se justifie donc à bien des égards. Les clients des illégaux nont, pour la plupart, pas connaissance de leur situation. Ils imaginent faire appel aux services dun expert-comptable et ne voient guère la différence entre un expert-comptable et un expert en comptabilité ! Pourtant, un expert comptable apporte des garanties à ses clients quaucun illégal, si compétent soit-il, nest en mesure de fournir. Nous en avons relevé un certain nombre à titre dexemples. Lexpert-comptable bénéficie dune formation pluridisciplinaire de haut niveau, gage de compétence à légard de tous ses clients, des plus petits aux plus importants. Les illégaux, pour la plupart dentre eux, disposent pour toute formation au mieux dun B.T.S. assorti, dans le meilleur des cas, de quelques années dexpérience. Les illégaux ne suivent aucune formation et ne disposent généralement que dune piètre documentation qui les oblige à " improviser " en cas de difficultés. Les experts-comptables ont lobligation de suivre chaque année une formation dune durée au moins égale à 40 heures, assurant ainsi lactualisation de leurs connaissances et le perfectionnement de leur pratique professionnelle. Les experts-comptables sont tenus de respecter des règles déontologiques rigoureuses qui les contraignent fortement et qui ont été instaurées dans le but de protéger les intérêts de leurs clients. Il va de soi que les illégaux sont exonérés de ces règles et que leurs clients sont livrés à eux-mêmes. Les experts-comptables ont instauré les normes professionnelles obligatoires et se sont imposés un contrôle qualité organisé par la profession pour améliorer la qualité de ses prestations. Ces innovations sont importantes ; elles garantissent les clients de la volonté de notre profession de leur apporter un service de qualité. De même, en cas de litige, les clients des illégaux ne peuvent évidemment pas bénéficier de la procédure arbitrale pour tenter de régler par la voie amiable le conflit entre le client et son pseudo expert-comptable. Les clients sont condamnés à faire valoir leurs droits par la seule voie judiciaire. Dans cette ultime étape, les clients des illégaux peuvent une fois encore regretter leur choix. En effet, les illégaux ne peuvent pas souscrire dassurance pour couvrir leur responsabilité civile professionnelle ; on ne peut, en effet, pas assurer une activité illégale. Lindemnisation des clients nest donc pas toujours assurée. Lensemble de la profession doit donc se mobiliser pour mener une politique sévère de lutte contre lexercice illégal. Cette action, pour porter ses fruits, doit être entreprise simultanément sur différents fronts :
La lutte contre les illégaux est une action quotidienne qui exige des moyens importants que le Conseil régional vient de renforcer. Cette politique ambitieuse ne portera toutefois ses fruits quà la condition que chaque professionnel se sente responsable et solidaire de la profession face à phénomène. Parallèlement à la prise de conscience de cette concurrence déloyale des " illégaux ", ce mouvement samplifie inexorablement. Les experts-comptables ne sont pas les seuls à être touchés par la crise. De nombreux comptables, salariés dentreprises ou de cabinets, sont licenciés et perdent leur emploi. Après dinfructueuses recherches, ils décident de sinstaller à leur compte et ouvrent une officine de comptabilité. Certains ont conscience dexercer illégalement, dautres agissent en méconnaissance de leur situation.
ARTICLE 20 DE LORDONNANCE DU 19 SEPTEMBRE 1945 : " Exerce illégalement la profession dexpert-comptable celui qui, sans être inscrit au tableau de lOrdre, exécute habituellement en son propre nom et sous sa responsabilité des travaux prévus par les deux premiers alinéas de larticle 2 de lOrdonnance ou qui assure la direction suivie de ces travaux, en intervenant directement dans la tenue, la vérification, lappréciation, la surveillance ou le redressement des comptes. "
Les sanctions de lexercice illégal Le même article 20 prévoit également les sanctions
applicables aux délinquants : " Lexercice illégal de la profession dexpert-comptable ainsi que lusage abusif de ce titre constituent un délit puni des peines prévues à larticle 433-17 et à larticle 433-25 du code pénal, sans préjudice des sanctions qui peuvent être éventuellement prononcées par les juridictions disciplinaires de lOrdre. " Cet article renvoie aux articles suivants du code pénal :
Article 433-17 du code pénal Lusage, sans droit, dun titre attaché à une profession réglementée par lautorité publique ou dun diplôme officiel ou dune qualité dont les conditions dattribution sont fixées par lautorité publique, est puni dun an demprisonnement et 100.000 francs damende.
Article 433-22 du code pénal Les personnes physiques coupables de lune des infractions prévues au présent chapitre encourent également les peines complémentaires suivantes :
Article 433-25 du code pénal Les personnes morales peuvent être déclarées responsables pénalement, dans les conditions prévues par larticle 212 des infractions définies aux sections 1,6,7,9 et 10 du présent chapitre. Les peines encourues par les personnes morales sont : 1°/ Lamende suivant les modalités prévues par larticle 131-38. 3°/ La confiscation prévue à larticle 131-21. La jurisprudence Les critères retenus par la jurisprudence sont issus de larticle 20 de lOrdonnance qui définit lexercice illégal. Nous reprenons ci-après les extraits dudit article qui permettent daboutir à de fréquentes condamnations :
Ces conditions sont cumulatives et non alternatives ; il faut donc que la personne en cause remplisse simultanément ces quatre conditions pour risquer une mise en cause en tant quexpert-comptable illégal.
Les principales formes dexercice illégal Lexercice illégal est éminemment polymorphe ; limagination des illégaux na pas de limite en la matière. En effet, il nest pas possible de désigner une forme dexercice illégal, elles sont nombreuses et évoluent au gré des modes et des décisions de jurisprudence. Nous avons identifié quelques formes dexercice illégal parmi les plus répandues ; cette liste nest évidemment pas exhaustive.
Condamnation dun illégal : la procédure à suivre
La saisine du Conseil régional Le Conseil régional peut être amené à examiner des dossiers de présumés illégaux à la suite de différents événements ; il peut être saisi par un tiers ou se saisir lui-même à la suite de ses propres investigations. Les principales sources dinformation de la commission de répression de lexercice illégal sont constituées par :
Par ailleurs, depuis le début de lannée, le Conseil régional dépouille systématiquement tous les journaux et " gratuits " de la région parisienne afin didentifier des annonces passées par des illégaux. Pour chaque cas, un dossier est ouvert (sil nexiste pas déjà). Selon la situation, le présumé délinquant fait ensuite lobjet dune mise en garde, dun avertissement, dune convocation voire dun transfert à la commission des devoirs et intérêts professionnels.
Le traitement du dossier par le Conseil régional Une enquête complémentaire sur le terrain savère parfois nécessaire pour compléter le dossier par de nouveaux éléments probants de nature à confirmer le caractère illicite de lactivité. Un permanent de lOrdre se charge alors de cette enquête. Les éléments de preuve qui permettent souvent de conclure à un exercice illégal sont notamment les témoignages des clients, un bail, du papier à lettre, des factures, des copies de lettres de mission, des DADS de clients, des annonces publicitaires dans la presse locale Pour compléter le dossier, une demande denquête peut être faite au commissaire du gouvernement près du Conseil régional. Larticle 121 du Livre des Procédures Fiscales permet en effet au commissaire du gouvernement " de communiquer aux conseils et aux chambres de discipline de lOrdre les renseignements nécessaires à ces organismes pour se prononcer en connaissance de cause sur les demandes et sur les plaintes dont ils sont saisis concernant linscription au tableau, la discipline professionnelle ou lexercice illégal de lune des professions relevant de lOrdre ". La commission peut enfin demander une enquête au Parquet
compétent. Une fois toutes ces informations recueillies, la commission convoque et entend les personnes soupçonnées dexercice illégal. En fonction de laudition et des éléments apportés par le présumé illégal, la commission classe sans suite le dossier (mais continue à surveiller ce dernier) ou décide la poursuite de laction judiciaire. Laction pénale est ouverte au Ministère public (action publique) ainsi quà toute personne ayant subi un préjudice du fait de linfraction (action civile). La victime peut être un client de lillégal, un membre de lOrdre ou lOrdre lui-même dans la mesure où celui-ci est chargé de la défense des intérêts moraux et matériels de ses membres.
La phase judiciaire Pour mettre en uvre la phase judiciaire, plusieurs voies sont envisageables :
La condamnation de lillégal La publicité des condamnations contribue favorablement à linformation et à la défense du public face aux pratiques illégales. De plus, elle garantit dans une certaine mesure contre les récidives. Elle peut être ordonnée doffice par le tribunal, en vertu de larticle 433-25-4° du nouveau code pénal, ou demandée par le plaignant à titre de supplément de dommages et intérêts. Lavocat du Conseil régional demande systématiquement (souvent avec lappui du Parquet) que les publicités des condamnations soient insérées dans la presse quotidienne régionale. Cette presse est, en effet, très prisée par les illégaux pour vanter les mérites de leurs officines.
Les jugements prononcés pour le délit dexercice illégal Année 1994 Tribunaux correctionnels Créteil 10/03/94 J.K. 6 mois demprisonnement avec sursis extraits jugement dans le Parisien Libéré 10 000 F de D.I. et 2 000 F au titre de lart. 475-1 CPP. Evry 26/04/94 - B.J. 6 mois demprisonnement
avec sursis 10 000 F damende extraits jugement dans le Républicain de
lEssonne 20 000 F de D.I. et 3 000 F au titre de Paris 29/04/94 M.T. 10 mois demprisonnement avec sursis extraits jugement dans le Figaro et le Parisien Libéré 4 000 F de D.I. et 1 000 F au titre de lart. 475-1 CPP. Nanterre 17/06/94- H.C. jugement par défaut. 6 mois demprisonnement interdiction droits civils et civiques 5 ans 20 000 F de D.I. et 2 000 F au titre de lart. 475-1 CPP. Créteil 12/09/94 C.A. 8 mois demprisonnement avec sursis 30 000 F de D.I. et 2 000 F au titre de lart. 475-1 CPP. extraits jugement dans le Figaro et le Monde. Fontainebleau 03/11/94 A.O. 1 an demprisonnement avec sursis.
Cour dappel Paris 9ème Chambre 06/05/94 F.V. 18 mois demprisonnement avec sursis 200 000 F damende extraits jugement dans France Soir et le Parisien 20 000 F de D.I. et 5 000 F au titre de lart. 475-1 CPP.
Année 1995 Tribunaux correctionnels Melun 18/01/95 J.C.R. 3 ans
demprisonnement extraits jugement dans le Parisien Libéré et le
Républicain de Seine-et-Marne 20 000 F de D.I. et 3 000 F au titre de Bobigny 24/01/95 A.B. 4 mois demprisonnement avec sursis et 8 000 F damende extraits jugement dans le Parisien Libéré 1 F de D.I. et 1 500 F au titre de lart. 475-1 CPP. Melun 05/05/95 Y.S. amende 5 000 F 5 000 F de D.I. et 1 500 F au titre de lart. 475-1 CPP. Evry 06/06/95 J.P.L. jugement par défaut 4 mois demprisonnement extraits jugement journal local 10 000 F de D.I. et 3 000 F au titre de lart. 475-1 CPP. Paris 07/09/95 B.O. 10 mois demprisonnement avec sursis et 40 000 F damendes extraits jugement dans les Echos 40 000 F de D.I. et 5 000 F au titre de lart. 475-1 CPP. Paris 10/10/95 D.B. 6 mois demprisonnement avec sursis et 2 000 F damendes extraits jugement dans le Parisien Libéré 15 000 F de D.I. et 3 000 F au titre de lart. 475-1 CPP. Evry 17/09/95 J.C. 3 mois demprisonnement avec sursis et 80 heures de travaux dintérêt général extraits jugement dans le Républicain de lEssonne 5 000 F de D.I. et 2 000 F au titre de lart.475-1 CPP. Paris 09/11/95 B.H. 10 mois demprisonnement avec sursis 10 000 F de D.I. et 5 000 F au titre de lart. 475-1 CPP. Paris 11ème Chambre 08/12/95 M.M. 15 mois demprisonnement avec sursis extraits jugement dans plusieurs journaux 30 000 F de D.I. et 3 000 F au titre de lart. 475-1 CPP. Evry 25/01/96 D.M. jugement par défaut 1 an demprisonnement ferme et 100 000 F damendes 40 000 F de D.I. et 4 000 F au titre de lart. 475-1 CPP. |